
Il y a quelques jours, une dirigeante que j’accompagne m’a partagé un doute.
Son entreprise lui propose de participer à la création d’une nouvelle activité.
Un projet ambitieux.
À ses côtés se trouve une personne qu’elle considère comme plus expérimentée, plus compétente et plus légitime qu’elle dans l’approche conseil.
Alors une petite voix s’est invitée dans la discussion :
- « Est-ce que je suis vraiment à la hauteur ? »
- « Qu’est-ce que je vais apporter ? »
- « Ont-ils choisi la bonne personne ? »
En l’écoutant, je me suis dit que beaucoup de managers et de dirigeants connaissent cette voix intérieure. Cette voix qui apparaît souvent au moment même où l’on nous propose de grandir. Cette histoire m’a donné envie de partager avec vous ma vision du syndrome de l’imposteur.
Pendant longtemps, j’ai cru que le syndrome de l’imposteur était un problème à résoudre. Comme s’il existait quelque part un niveau de compétence, d’expérience ou de légitimité à partir duquel le doute disparaîtrait définitivement.
L’expérience m’a montré exactement l’inverse.
J’ai rencontré des dirigeants qui pilotent des centaines de collaborateurs. Des entrepreneurs qui ont créé de très belles entreprises. Des experts reconnus dans leur domaine. Et pourtant, beaucoup continuent parfois à se demander :
« Suis-je vraiment à la hauteur ? »
Pourquoi ?
Parce que le doute apparaît souvent lorsque nous quittons un territoire connu pour entrer dans un territoire nouveau.
Lorsque nous savons déjà faire, nous doutons peu.
Lorsque nous apprenons, nous doutons davantage.
Et c’est probablement normal.
Le véritable danger n’est donc peut-être pas le syndrome de l’imposteur.
Le véritable danger est de se figer à cause de lui.
J’observe généralement trois réactions face à ce sentiment.
- La première consiste à renoncer. Ne pas accepter la mission. Ne pas prendre la parole. Ne pas proposer l’idée. Rester dans ce que l’on maîtrise déjà.
- La deuxième consiste à surjouer la confiance. Faire semblant de savoir. Donner l’impression que tout est sous contrôle. Éviter de montrer ses doutes. Mais cette posture finit souvent par nous couper de l’apprentissage.
- Et puis il existe une troisième voie. Reconnaître que l’on ne sait pas encore. Accepter d’être débutant dans un nouveau domaine. Poser des questions. Demander de l’aide. Apprendre plus vite. C’est souvent cette voie que j’observe chez les personnes qui grandissent le plus. Non pas parce qu’elles doutent moins. Mais parce qu’elles transforment leur doute en curiosité.
En réalité, lorsque je regarde les grandes étapes de développement d’un manager ou d’un dirigeant, elles sont presque toujours accompagnées d’une forme d’inconfort.
- Premier poste de manager.
- Première prise de parole devant un CODIR.
- Première négociation importante.
- Première acquisition.
- Premier licenciement.
- Premier comité stratégique.
À chaque fois, nous entrons dans un territoire où nous ne possédons pas encore tous les repères. Et c’est précisément là que l’apprentissage commence.
Peut-être que la question n’est donc pas :
« Comment éliminer définitivement le syndrome de l’imposteur ? »
Mais plutôt :
« Comment continuer à avancer lorsqu’il est présent ? »
Quelques questions que je peux me poser :
- Dans quelle situation ai-je aujourd’hui le sentiment de ne pas être totalement à la hauteur ?
- Qu’est-ce que ce doute cherche peut-être à m’apprendre ?
- Est-ce que je me fige… ou est-ce que j’apprends ?
- Quel serait le prochain petit pas que je pourrais faire malgré cette impression ?
Au fond, je me demande parfois si le syndrome de l’imposteur n’est pas simplement le prix à payer lorsque nous sommes en train de grandir. Car les personnes qui progressent le plus ne sont pas forcément celles qui ont le plus confiance en elles. Ce sont souvent celles qui continuent à avancer alors même qu’elles ne sont pas complètement rassurées.